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« Oui, mais… la Bible dit que les animaux sont au service des humains ! »


POURQUOI CETTE REMARQUE EST INJUSTIFIÉE

Nature politique du véganisme

Le véganisme est un mouvement dont la revendication première est l’abolition des pratiques imposant des souffrances aux animaux sentients dans le cas où ces pratiques sont non nécessaires aux humains. Concrètement, les personnes consommant végane, c’est-à-dire boycottant l’ensemble des produits issus pour tout ou partie de l’exploitation animale, pratiquent une politique du changement par la consommation.

Ce mouvement, qui prend sa source dans l’essor de l’éthique animale comme discipline philosophique à partir des années 70, vise donc l’abolition d’une forme d’oppression à l’échelle de la société dans sa globalité. Par ses revendications de natures sociétales, politiques donc, le véganisme tend à s’institutionnaliser et à devenir un mouvement politique au sens traditionnel du terme.

L’objectif est d’initier un débat mettant en jeu les rapports de forces entre les groupes économiques et sociaux concernés afin d’aboutir à une évolution des lois en vigueur (encadrement des méthodes d’agriculture, statut de l’animal, réglementation sur les importations,… ). Ce vaste débat est au carrefour de nombreuses disciplines telles que la philosophie, la médecine, l’histoire, l’agronomie, l’éthologie, l’économie ou encore le droit.

Nature religieuse de la Bible

La Bible, dont la rédaction de l’Ancien et du Nouveau Testament s’est échelonnée entre le VIIIe siècle av. J.-C. et le début du IIe siècle, est l’ensemble des textes sacrés pour les religions juive et chrétienne.

Ces textes très anciens ont pour but de servir de socle à ces deux ensembles de croyances et de dogmes définissant le rapport de l’homme avec le sacré [1]. À ce titre, elle n’est pas reconnue par l’ensemble des adeptes d’autres croyances et, à plus forte raison, par les athées.

Conclusion

Le Bible est un texte de référence en matière de théologie mais pas en matière de bien être animal, d’écologie et de santé. De plus, elle n’est reconnue que par un nombre limité de citoyens et son contenu anachronique est inadapté pour penser les nouveaux enjeux de notre époque. Pour ces raisons, elle ne saurait être cité en exemple dans un débat de société dont l’objet est de redéfinir le rapport de l’homme avec le reste du vivant.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

Place de l’humain dans la Bible

Dans l’hypothèse ou une approche historico-théologique de la Bible pourrait apporter un éclairage constructif au débat, il faudrait tout d’abord rappeler que plus on fait défiler les pages de la Bible plus elle est centrée sur l’humain. Les animaux, initialement créés par Dieu comme partenaires de l’humain [2], et la nature deviennent au fil des pages de plus en plus présentés comme formant un grand zoo et jardin botanique à sa disposition [3]. Après la Genèse, les rares passages qui abordent les relations entre humains et animaux concernent principalement les animaux de travail, notamment utilisés pour l’agriculture [4][5].

Cette représentation du réel est cohérente avec le fait qu’environ 250 millions d’humains peuplaient la Terre durant le premier millénaire de notre ère [6]. Les rudes conditions de vie de l’époque et la population humaine restreinte ont justifiés et permis l’exploitation de toutes les ressources animales (et végétales) à disposition sans qu’aucune question éthique ni problématique de surconsommation n’émerge réellement.

Régime alimentaire dans la Bible

Dans la Génèse, il est écrit noir sur blanc qu’Adam et Ève étaient végétaliens [7]. Tous les animaux étaient également végétaliens [8]. A plusieurs endroits de la Bible, les similitudes du comportement sensible de Jésus envers les humain et celui, sensible également, des animaux sont mises en avant [9].

Très tôt dans l’Histoire, Dieu a accepté les sacrifices d’animaux à des fins religieuses [10][11][12]. Mais ce n’est que plus tard, après le déluge, après l’entrée du péché et du mal dans le cœur de l’humain que Dieu autorisera les hommes à manger les animaux [13][14].

Évoluer vers un régime végétal semble être en mesure de rapprocher les catholiques des premiers humains, ceux de la Création. D’ailleurs, plusieurs prophéties prévoient un retour à un monde où l’humain et les autres espèces animales coexistent pacifiquement [15].

Émergence de la question animale dans la théologie

Il faudra attendre une condamnation de la corrida dans le De salute Gregis dominici du pape Pie V publié le 1er novembre 1567 pour que soient posés les prémisses de la question du bien-être animal du point de vue théologique [16].

Le débat gagna en importance lorsque Jean-Paul II déclara en 1979, dès le début de son mandat [17], que « la protection animale est une éthique chrétienne » [18]. Une étape majeure fut ensuite franchie lorsqu’il fit ajouter des articles dédiée à cette question dans la section « Le respect de l’intégrité de la création » dans « Catéchisme de l’Église catholique« , ouvrage de référence publié en 1992 [19]. Si le fait de manger de la viande n’y est pas remis en question [20], l’idée du bien être animal y fait une apparition remarquée (prise en compte de certains besoins fondamentaux, utilisation limitée pour les tests en laboratoires, …) et pose les jalons pour la reconnaissance de certains aspects de la sensibilité animale.

Aujourd’hui

Andrew Linzey, directeur de l’Oxford Centre for Animal Ethics [21] et membre de la Faculté de Théologie de l’Université d’Oxford [22], est une référence en la matière et une voix chrétienne d’importance. Il a publié une série de livres allant de « Animal Rights: A Christian Perspective » (1976) à « Ethical Vegetarianism and Veganism » (2018), en passant par son ouvrage majeur « Animal Theology » paru lui en 1994.

À la lecture de certains passages de la Bible [23][24][25], ses avancées dans le fait d’envisager l’ensemble de la création comme un écosystème dans lequel la spiritualité s’exprime dans la coexistence plutôt que dans la domination lui font dire, aujourd’hui, que les véganes ne sont « pas seulement des contestataires, mais aussi des pionniers moraux » [26].

D’autres personnalités de l’Église, comme l’ancien évêque d’Angleterre John Austin Baker, l’ont rejoint dans sa réflexion sur cette possible coexistence en réaffirmant que Dieu aime toutes ses créatures [27].

Conclusion

La Bible est un recueil de textes d’origines très anciennes et les nombreuses traductions qui se sont succédées ont fait d’elle un texte vivant dont les interprétations sont fortement ancrées dans leur époque. Aujourd’hui, alors que la condition animale et l’écologie émergent un peu plus chaque jour dans la conscience collective, il n’est pas étonnant de relire la Bible à travers un prisme plus éthique.

Ainsi, il semble que le catholicisme, courant majoritaire de la chrétienté, n’ait gardé dans l’idée de « domination » de l’humain sur la nature que ses droits sur elle en ignorant ses devoirs. Une lecture plus éthique de la Bible se voudrait donc extensive : deux principes fondamentaux du catholicisme que sont la « priorité morale donnée aux faibles » et « l’expression de l’amour par le don de soi » gagneraient ainsi en universalité en ne bénéficiant plus seulement aux humains mais à l’ensemble de la création.

 

SOURCES
  1. Larousse, définition de religion
  2. La Bible, Dieu se dit : « Il n’est pas bon que l’homme reste seul. Je vais lui faire une aide qu’il aura comme partenaire. » (Genèse 2:18-19), et Dieu créa ensuite les animaux.
  3. La Bible, « Emplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre. » (Génèse, 1:28)
  4. La Bible, « Ainsi les animaux ont-ils droit au repos le jour du sabbat. » (Exode, 23:12)
  5. La Bible, « Et l’homme ne musèlera pas le bœuf quand il foule le blé. » (Deutéronome, 25:4)
  6. Institut National d’Études Démographiques (INED), Population & Sociétés (numéro 394, octobre 2003), Jean-Noël Biraben, L’évolution du nombre des hommes, page 2
  7. La Bible, « Et Dieu dit : Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture. » (Génèse, 1:29)
  8. La Bible, « Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi. » (Génèse, 1:30)
  9. La Bible, « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! » (Luc 13:34)
  10. (Genèse 4:2-5)
  11. (Genèse, 8:20-21)
  12. (Exode 12:3-9)
  13. La Bible, « Tout ce qui se meut et qui a vie vous servira de nourriture: je vous donne tout cela comme l’herbe verte. » (Genèse, 9:3)
  14. La Bible, Pierre aura une vision qui lui manifestera très explicitement que Dieu déclare purs, et donc mangeables, tous les animaux. (Livre des Actes des Apôtres 10:10-15)
  15. La Bible, « Le loup habitera avec l’agneau, et la panthère se couchera avec le chevreau. Le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira. Le loup et l’agneau paîtront ensemble, le lion comme le bœuf mangera de la paille. Le nourrisson s’ébattra sur l’antre de la vipère, et l’enfant sevré mettra sa main dans la caverne du basilic. Il ne se fera ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte, car la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent » (Esaïe, 11:6-9)
  16. Philippe Ariès, Jean Claude Margolin, Les Jeux à la Renaissance, Vrin, 1982, page 24
  17. Encyclopédie Universalis, Élection de Jean-Paul II
  18. Éric Baratay, Des bêtes et des Dieux, Les éditions du cerf, 2015
  19. Catéchisme de l’Église catholique, 1992
  20. Catéchisme de l’Église catholique, 1992, 2417 : « Dieu a confiés les animaux à la gérance de celui qu’Il a créé à son image (cf. Gn 2, 19-20 ; 9, 1-4). Il est donc légitime de se servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements. On peut les domestiquer pour qu’ils assistent l’homme dans ses travaux et dans ses loisirs. Les expérimentations médicales et scientifiques sur les animaux sont des pratiques moralement acceptables, pourvu qu’elles restent dans des limites raisonnables et contribuent a soigner ou sauver des vies humaines.« 
  21. University of Oxford Centre for Animal Ethics, Who we are
  22. University of Oxford, Faculty of Theology and Religion, People
  23. La Bible, « Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi. » (Genèse, 1:30)
  24. La Bible, « Tu gardes, Ô Eternel, les hommes et les bêtes. » (Psaume 36, 6b)
  25. La Bible, « Car le sort des fils de l’homme et celui de la bête sont pour eux un même sort ; comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre. Ils ont tous un même souffle, et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle ; car tout est vanité. Tout va dans un même lieu ; tout a été fait de la poussière, et tout retourne à la poussière. Qui sait si le souffle des fils de l’homme monte en haut, et si le souffle de la bête descend en bas dans la terre ? » (Ecclésiaste, 3:9-21)
  26. Andrew Linzey, Ethical Vegetarianism and Veganism, Routledge, 2018
  27. La Bible, « Le Seigneur est bon pour tous, son amour s’étend à tous ceux qu’il a créés. » (Psaumes 145:9)

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