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Accueil > Préjugés > Stéréotypes et amalgames > « Oui, mais… les véganes insultent les juifs en comparant les abattoirs à l’holocauste ! »

« Oui, mais… les véganes insultent les juifs en comparant les abattoirs à l’holocauste ! »

 

POURQUOI CETTE REMARQUE EST INJUSTIFIÉE

Définition

Le terme « holocauste » ne fait pas uniquement référence à l’extermination dont ont été victimes les juifs d’Europe pendant la seconde guerre mondiale. En effet, d’après le dictionnaire Larousse, « holocauste » à quatre définitions [1] :

  1. « Dans l’ancien Israël, sacrifice religieux où la victime, un animal, était entièrement consumée par le feu ; la victime ainsi sacrifiée. »
  2. « Sacrifice sanglant exécuté dans un but religieux. »
  3. « Ensemble des persécutions, des sévices et des exterminations dont les Juifs furent les victimes de la part des nazis entre 1939 et 1945. (En ce sens, prend souvent une majuscule.) [voir génocide [2]] »
  4. « Massacre, grande destruction de personnes, de choses, inspirés par une idéologie. »

Précision

Le point commun entre « l’holocauste juif » (définition 3 ci-dessus) et « l’holocauste animal » (définition 4 ci-dessus) n’est absolument pas la nature des victimes ni celle des bourreaux ou des commanditaires. Lorsque quelqu’un utilise le terme « holocauste » pour défendre les animaux, il ne cherche en aucun cas à établir un quelconque rapport fallacieux entre les juifs (définition 3 ci-dessus) et les animaux (définition 4 ci-dessus).

Le parallèle entre ces deux « holocaustes » se limite exclusivement à la grande similitude entre les organisations rationalisées (process, outils et espaces) des deux systèmes d’extermination à très grande échelle dans lesquels chaque mort est planifiée dans une logique organisationnelle et dont le nombre de victimes est absolument démesuré. On estime à entre 5 100 000 [3] et 5 900 000 [4] le nombre de victimes juives pendant la seconde guerre mondiale et, chaque année dans le monde, à entre 65 et 70 milliards [5] le nombre de victimes animales terrestres pour la consommation alimentaire. Ce nombre dépasse les 1000 milliards de victimes animales si on inclut les animaux marins.

Conclusion

Cette remarque est injustifiée car, dans la mesure où l’utilisation qui est faite du mot « holocauste » par les défenseurs des droits des animaux est en accord avec le dictionnaire et que le parallèle qui peut être fait entre ces deux « holocaustes » n’est pas fallacieux quant à l’identité des victimes, il est tout à fait légitime d’utiliser ce terme au sujet du massacre d’animaux en grand nombre inspirée, dans ce cas, par l’idéologie carniste.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

Origine du parallèle entre ces deux « holocaustes »

Dans l’hypothèse où le terme « holocauste » ne s’appliquait pas déjà aussi au massacre d’animaux, on pourrait toujours rappeler que ce parallèle a d’abord été énoncé par l’écrivain polonais et juif Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature en 1978 [6] dont la mère et le frère cadet sont mort dans un camp au sud du Kazakhstan en 1945.

En effet, dans sa nouvelle « The Letter Writer » parue en 1968, Isaac Bashevis Singer écrit : « Que savent-ils, tous ces érudits, tous ces philosophes, tous les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu’un comme toi ? Ils se sont persuadés que l’homme, l’espèce la plus pécheresse entre toutes, est au sommet de la création. Toutes les autres créatures furent créées uniquement pour lui procurer de la nourriture, des peaux, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka » [7].

Ainsi, loin de simplement chercher la métaphore la plus violente pour donner le caractère le plus radicalement terrible à ce qu’ils condamnent, les défenseurs des droits des animaux s’appuient sur ce parallèle en ayant en tête que son origine est justement à chercher chez un juif ayant du s’exiler de Pologne pour survivre. Utiliser ce parallèle ne revient donc pas à manquer de respect à la mémoire des juifs victimes de la barbarie nazie mais, au contraire, à apprendre de leurs expériences tragiques pour ne plus répéter les terribles camps de la mort, pour que disparaissent à jamais les bâtiments qu’on appelle « camp » ou « abattoir » selon que les victimes nous ressemblent ou non. Car derrière une différence superficielle de nom se trouve un même objectif : tuer. Dans ces lieux hors du temps, la mort n’est pas un malheur à éviter mais un objectif à atteindre.

Médiatisation de ce parallèle

Lorsqu’ils évoquent ce parallèle, les défenseurs des droits des animaux font le plus souvent référence au livre « Un éternel Treblinka » publié par l’écrivain et historien américain Charles Patterson en 2002 et qui a eu un écho considérable. Il y soutient la thèse selon laquelle « l’oppression des animaux sert de modèle à toute forme d’oppression et que la « bestialisation » de l’opprimé est une étape obligée sur le chemin de son anéantissement » [8].

Charles Patterson y analyse la rationalisation des modèles de domination, l’industrialisation des techniques d’abattage inspirée du Fordisme lui même inspiré de la division du travail au sein des abattoirs de Chicago [9], l’aliénation des exécutants, la terminologie commune aux deux espaces de meurtre, etc. [7]. Encore une fois, il ne s’agit pas d’humaniser les animaux [10] mais bien de montrer que, d’un massacre à l’autre, les raisons peuvent varier mais les mécanismes pratiques à l’œuvre sont les mêmes.

La « bestialisation » de l’opprimé, « l’animalisation des victimes » [11], se retrouve également dans la célèbre citation du philosophe allemand Theodor W. Adorno : « Auschwitz commence lorsque quelqu’un regarde un abattoir et se dit : ce ne sont que des animaux », preuve s’il en était encore besoin que l’élevage, on n’en sort pas vivant.

Pour aller plus loin

Si le lien entre holocauste et extermination du peuple juif est fortement ancré dans la culture collective, on peut rappeler que le terme « holocauste », d’abord emprunté à la Bible par les historiens américains, fait débat car son sens premier donne une connotation divine au massacre. Les historiens pourront lui préférer les termes « Shoah » et « génocide nazi », le premier étant relatif à l’extermination des juifs et le second relatif au massacre des autres groupes humains visés par les nazis comme les gitans, les handicapés ou les homosexuels [12][13].

 

SOURCES
  1. Larousse, définition de holocauste
  2. Larousse, définition de génocide
  3. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d’Europe, Paris, Fayard, 1988
  4. E. Jäckel, P. Longerich, J. H. Schoeps (dir.), Enzyklopädie des Holocaust, Argon, 1993
  5. Food Agriculture Organisation (FAO), Livestock Primary
  6. Fondation Nobel, prix Nobel de littérature 1978
  7. Cahiers antispécistes n°22 – février 2003, Anne Renon, Eternal Treblinka
  8. Calmann-Levy, Charles Patterson, Un Éternel Treblinka
  9. France Culture, Macadam philo, Logiques de l’abattoir, 08 février 2008
  10. Gerstenfeld, Manfred. The Abuse of Holocaust Memory: Distortions and Responses, Jerusalem Center for Public Affairs, Institute for Global Jewish Affairs, 2009, p. 121
  11. La Terre d’abord !, « Auschwitz commence lorsque quelqu’un regarde un abattoir et se dit : ce ne sont que des animaux« , 2013
  12. Kaufmann Francine, Holocauste ou Shoah ? Génocide ou ‘Hourbane ? Quels mots pour dire Auschwitz ? Histoire et enjeux des choix et des rejets des mots désignant la Shoah, Revue d’Histoire de la Shoah, 2006/1 (N° 184), p. 337-408.
  13. Vigilance Arménienne contre le Négationnisme (Collectif VAN), Yan Schubert, « Holocauste, shoah, génocide: les mots et l’événement« , 29 janvier 2008

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