Pourquoi cette remarque est fallacieuse

Cette remarque découle de la croyance erronée que le véganisme défend le respect de toute vie et que, pour être cohérents, les véganes devraient donc être opposés à l’avortement. En effet, les véganes respectant la vie des poules, des cochons, des vaches ou des les lapins, ils devraient logiquement respecter tout autant la vie des membres de leur propre espèce : les humains.

Or les véganes ne raisonnent donc plus en terme d’espèces et de dichotomie humain / non humain, mais plutôt selon la dichotomie sentient / non sentient, sans distinction d’espèce.

Le véganisme n’est donc pas le respect de toute vie mais le respect des intérêts inhérents à toute vie sentiente par le boycott économique des produits non nécessaires à la santé, donc consommés pour le plaisir, dont la production repose sur l’exploitation et la mise à mort d’individus sentients avec, pour conséquence inévitable, la négation de leurs impératifs biologiques [1] et de leurs intérêts fondamentaux à vivre, à ne pas être enfermés, à ne pas pas être exploités et à ne pas souffrir.

Sachant que l’avortement est possible en France jusqu’à la fin de la 12e semaine de grossesse [2] et que :

  • le fœtus ne possède un système nerveux suffisamment formé pour être en mesure de ressentir la douleur qu’entre la 23e et la 26e semaine de grossesse [3][4] (des réponses réflexes du système nerveux peuvent apparaître à partir de la 7e semaine mais elles ne sont pas provoquées par la douleur [5]) ;
  • suite à la formation d’un système nerveux fonctionnel, le fœtus devient sentient mais est maintenu dans une état de conscience minimale dans le placenta car ce dernier produit des substances qui inhibent l’activité du système nerveux et que le niveau d’oxygène est trop faible pour une activité cérébrale suffisante pour que le fœtus puisse avoir conscience de lui-même [6][7].

Nous pouvons en conclure qu’un fœtus n’est pas sentient au moment de l’avortement en France [8]. Dans de telles conditions, l’avortement ne nie donc pas ses intérêts fondamentaux et ne le fait pas souffrir car, n’étant pas sentient, il n’a la capacité technique ni d’avoir des intérêts propres et de ressentir de la douleur.

Conclusion

Le véganisme n’est pas le respect de toute vie mais le respect des intérêts inhérents à toute vie sentiente, sans distinction d’espèce. Le fœtus n’étant pas sentient au moment de l’avortement en France, il n’y a pas de lien entre véganisme et avortement.

 

Pour aller plus loin

Le cas où un fœtus pourrait être sentient au moment de l’avortement (avortement tardif, etc.) et donc avoir un intérêt à vivre et à ne pas souffrir qui entrerait en conflit avec l’intérêt à avorter des parents a été discuté par de nombreux penseurs, leurs positions ont été résumés par Kathie Jenni dans un article publié dans la revue Social Theory and Practice en 1994 [9].

Comme le dit Carol Adams : « Un fœtus a des intérêts potentiels ; un animal a des intérêts effectifs. » [10].

=> en effet il n’est pas sentient au moment de l’avortement mais « sera » sentient plus tard. Reprendre les arguments des proavortements, CAD que chaque mois chaque ovule de chaque femme pourrait être fécondé et aboutir a un être sentient, mais ce n’est pas un crime de laisser se « perdre » l’ovule car il n’est pas « effectivement » sentient. La sentience potentielle n’importe pas.

Peter Singer y a dédié une section dans son livre Practical Ethics [11].

http://www.abolitionistapproach.com/wp-content/uploads/2016/12/Abortion-and-Animal-Rights-1995.pdf
What’s Wrong With Linking Abortion and Animal Rights?

Avortement et libération animale


 

Notes et références

  1. Gouvernement français, Code rural et de la pêche maritime, Chapitre IV : La protection des animaux, Article L214-1, « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. »
  2. Ministère des Affaires sociales et de la santé et ministère des familles, de l’enfance et des droits des femmes, Avortement : quels sont les délais à respecter pour avorter ?
  3. Brain & Development, Sampsa Vanhatalo, Onno van Nieuwenhuizen, Review article : Fetal pain?, 2000
  4. The Journal of Maternal-Fetal & Neonatal Medicine, Carlo Valerio Bellieni, Giuseppe Buonocore, Is fetal pain a real evidence?, 2011
  5. British Medical Journal, Adrian R Lloyd-Thomas, Maria Fitzgerald, Reflex responses do not necessarily signify pain, 1996
  6. Royal College of Obstetricians and Gynaecologists, Fetal Awareness Review of Research and Recommendations for Practice, 2010
  7. Brain Research Reviews, Mellor DJ, Diesch TJ, Gunn AJ, Bennet L, The importance of ‘awareness’ for understanding fetal pain, 2005
  8. Pediatric Research, Lagercrantz H, Changeux JP., The emergence of human consciousness: from fetal to neonatal life, 2009
  9. Social Theory and Practice Vol. 20, No. 1 (Spring 1994), Kathie Jenni, Dilemmas in Social Philosophy: Abortion and Animal Rights, 1994, p. 59-83
  10. Ms. Magazine Vol 1 mai/juin 1991, Carol J. Adams, Anima, Animus, Animal, p. 62-63, « A fetus has potential interests; an animal has actual interests »
  11. Cambridge University Press, Practical Ethics (Second Edition), Peter Singer, The value of fetal life, 1994, p 148 – 155

 

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