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pourquoi les choix alimentaires peuvent provoquer la colère

Véganisme :
pourquoi les choix alimentaires peuvent provoquer la colère

Initialement publié le 28 mai 2019 par Tim Newman dans le magazine Medical News Today.
Traduction par Florimond Peureux.

Article

Le végétarisme et le véganisme gagnent en popularité. Dans cette tribune, nous nous demandons pourquoi ces choix alimentaires provoquent la colère de certains mangeurs de viande, et la réponse n’est pas si évidente.

Actuellement, le végétarisme et le véganisme ne représentent respectivement que 5 et 3 % de la population américaine. Cependant, à mesure que la visibilité de ces régimes augmentent, celles des réactions négatives se fait plus forte également.

La question que nous posons aujourd’hui est la suivante : « pourquoi le choix alimentaire d’une personne peut-il mettre quelqu’un d’autre en colère ? »

Cette question est compliquée et, du fait qu’elle touche aux émotions humaines, la réponse est susceptible d’être multiforme et de varier considérablement d’un cas à l’autre. En surface, les réactions anti-véganes sont contre-intuitives : en décidant de nuire au moins de créatures vivantes possible, les véganes deviennent source de colère.

Malgré le fait que je sois un mangeur de viande, je me suis souvent demandé pourquoi cette approche plus douce de la nourriture dérange autant de personnes.

La faute de militants trop zélés ?

Certains véganes et végétariens ne mâchent pas leurs mots et peuvent avoir un comportement militant. Comme le dit la vieille blague : « Comment savoir si quelqu’un est végane ? Il te le dira. »

Bien sûr, ce genre de personne se retrouve dans tous les groupes sociaux. Les voix les plus fortes retiennent l’attention du public de manière disproportionnée, tandis que la grande majorité des véganes mangent simplement son dîner en silence, sans que cela affecte négativement qui que ce soit.

Bien que la minorité bruyante des véganes joue certainement un rôle dans l’aversion de certaines personnes envers les véganes en général, l’histoire ne s’arrête pas là.

Tobias Leenaert, l’auteur de « Comment créer un monde végane : une approche pragmatique », écrit :

« Bien sûr, nous pouvons parfois être un peu agaçant. […] Mais cela n’explique pas vraiment l’hostilité et le ridicule que nous rencontrons parfois. »

Dans cette tribune, nous allons essayer de comprendre certaines des raisons pour lesquelles les gens peuvent réagir de manière aussi négative face à des véganes et des végétariens. Bien sûr, il n’y a pas de réponses fermes et définitives, mais nous allons couvrir certaines des principales théories.

Le rôle des médias

Pour le meilleur ou pour le pire, les médias façonnent les opinions du grand public. Comprendre si ce sont les médias qui alimentent un comportement ou si c’est un comportement qui alimente les médias est un autre problème, mais connaître la représentation du véganisme dans les médias est instructif.

Une étude réalisée en 2011 a analysé l’orientation des articles publiés sur le véganisme dans la presse écrite britannique. Sur 397 articles mentionnant le véganisme, les chercheurs ont estimé que 20,2 % étaient neutres et 5,5 % étaient positifs, les 74,3 % restants étant considérés comme négatifs.

Ces articles contenaient des critiques variées, mais le plus souvent ils se moquaient du véganisme en le présentant comme étant « manifestement ridicule » ou en le qualifiant d’ascétisme (un mode de vie qui consiste à s’abstenir de plaisir pour poursuivre des objectifs spirituels).

Les auteurs de l’étude estiment que cette représentation déséquilibrée du véganisme démontre une « reproduction culturelle du spécisme ». Ils pensent que cette attaque injuste aide les humains à justifier une attitude inconsciente, presque inhérente, d’indifférence envers des animaux dont le destin est de devenir notre nourriture.

Une étude de 2015 a comparé les attitudes à l’égard des véganes et des végétariens par rapport à celles des autres groupes de personnes victimes de préjugés tels que les homosexuels, les immigrants, les athées ou les Noirs. Selon les auteurs :

« Seuls les toxicomanes ont été évalués plus négativement que les végétariens et les véganes. »

Ils y ont constaté que, dans l’ensemble, les végétariens et les véganes étaient perçus de manière plus négative, en particulier ceux « motivés par les droits des animaux ou les préoccupations environnementales ». Les chercheurs ont également montré que les personnes les plus à droite politiquement avaient l’opinion la moins favorable concernant les véganes et les végétariens.

Une attaque inconsciente

Certains affirment que le problème réside en partie dans le fait que les non-véganes ont le sentiment que leur identité est attaquée. Lorsqu’un végane mentionne son choix alimentaire, un mangeur de viande peut en déduire, peut-être inconsciemment, qu’il doit le considérer comme un partisan de la cruauté envers les animaux.

Les gens abandonnent la viande pour une grande diversité de raisons, les préoccupations liées à la santé et à l’environnement constituant deux motivations majeures. Cependant, la raison principale reste la cruauté envers les animaux.

Les gens perçoivent l’acte d’être végane comme une attitude morale, et c’est bien souvent le cas : les véganes et les végétariens s’opposent à ce que l’ont fasse du mal aux animaux pour produire de la nourriture. En tant que mangeur de viande, il est facile de considérer qu’une personne végane, même sans dire un mot, vous estime être moralement condamnable.

En bref, nous sommes conscients que les véganes ont choisis de faire preuve de plus d’empathie envers les animaux et que, par extension, nous avons choisi de continuer à ne pas prendre les intérêts des animaux en considération. Reconnaître cela peut être désagréable.

Défier les normes

Certains chercheurs pensent que la malveillance envers les personnes qui ont une alimentation végétale pourrait dépendre de « menaces symboliques » pour le statu quo.

La théorie de la menace intergroupe, également appelée théorie de la menace intégrée, tente d’expliquer comment une menace perçue, par opposition à une menace réelle, peut entraîner des préjugés entre groupes sociaux.

Les partisans de cette théorie pensent que les mangeurs de viande qui réagissent négativement aux véganes croient que les choix alimentaires d’un végane constituent une menace symbolique pour leurs croyances, leurs attitudes ou leur morale. Les auteurs de l’étude de 2015 mentionnée ci-dessus ont écrit que :

« L’abstention volontaire de manger des viandes par les végétariens et les véganes, qui est en contradiction avec les valeurs de la majorité omnivore, représente une menace symbolique qui contribue à créer des attitudes négatives envers ces cibles. »

Par ailleurs, les végétariens et les véganes résistent aux normes culturelles, ce que les gens pourraient considérer de manière inconsciente comme une menace existentielle. Des personnes peuvent penser que les végétariens et les véganes affaiblissent le mode de vie actuel, même si ce mode de vie exploite les animaux.

Par exemple, Medical News Today a parlé à un végane qui a grandi dans une communauté relativement petite et qui a déclaré que « la nourriture occupe une place prépondérante dans la culture et les traditions, de sorte que le rejet de la nourriture est perçu comme insultant ou rebelle ».

Une étude de 2018 a analysé les attitudes envers les véganes et les végétariens en Nouvelle-Zélande. Les auteurs ont constaté que « les attitudes à l’égard des véganes étaient nettement moins positives que celles à l’égard des végétariens, et les participants de sexe masculin exprimaient des attitudes nettement moins positives à l’égard de ces deux groupes marginalisés que les participantes ».

Les auteurs écrivent que « les véganes pourraient être perçus comme menaçant la stabilité sociale en défiant les normes sociales relatives aux pratiques alimentaires et en remettant en cause les croyances morales normatives concernant le statut des animaux non humains ».

Les auteurs estiment que la société accorde à la viande une valeur plus importante que sa valeur nutritionnelle, affirmant qu’elle présente « des associations symboliques avec la domination humaine sur la nature ».

Lorsqu’ils se sont penchés sur les profils psychologiques de ceux qui étaient le plus susceptibles d’avoir des sentiments négatifs envers le véganisme, les chercheurs ont découvert que ces personnes étaient plus susceptibles de voir le monde comme un endroit dangereux. En conséquence, ils théorisent que les véganes représentent « une menace symbolique perçue pour les normes sociales et culturelles ».

Autoritaristes de droite

L’étude néo-zélandaise ci-dessus a également révélé que les personnes les plus à droite politiquement avaient la plus forte tendance à considérer les véganes de manière défavorable. Cette constatation se retrouve dans d’autres études similaires.

Les personnes les plus à gauche politiquement ont elles plus tendance à avoir un regard favorable ou neutre sur les véganes. Dans le même temps, les personnes qui ont une alimentation végétale ont plutôt tendance à être de gauche.

Les véganes et les végétariens sont également plus susceptibles d’être de la classe moyenne, athées ou agnostiques, de race blanche, instruits et des femmes.

Un sondage Gallup de 2018 a révélé que ceux se déclarant de gauche avaient cinq fois plus de chances d’être végétariens que ceux qui s’identifient plus aux idées de droite et étaient plus de deux fois plus susceptibles d’être végane.

Cette constatation implique que, du moins en partie, un plus grand nombre de personnes de droite peuvent percevoir le véganisme comme le signe que quelqu’un est idéologiquement différent au delà de ses choix alimentaires, ce qui pourrait certainement jouer un rôle dans la production de sentiments négatifs.

Un article de la revue Personality and Individual Differences décrit l’utilisation de deux questionnaires pour examiner la relation entre l’adhésion aux valeurs de droite, la consommation de viande et le traitement des animaux.

Les auteurs concluent que « une idéologie de droite prédit l’acceptation de l’exploitation animale et de la consommation de viande ».

L’aversion envers les végétariens et les végétaliens pourrait aller bien au-delà des choix alimentaires, qui dressent le tableau des orientations politiques et idéologique de la personne qui les faits. Comme le concluent les auteurs d’un article :

« Manger des animaux n’est pas seulement un comportement gustatif comme on le croit généralement, mais aussi un comportement idéologique. »

Dissonance cognitive

La dissonance cognitive décrit notre capacité à maintenir simultanément dans notre esprit deux idées, attitudes ou comportements contradictoires. Lorsque nous rencontrons des informations qui mettent en lumière ces incohérences, elles peuvent provoquer un stress mental et une gêne.

Dans notre cas, notre amour de la viande se loge au plus profond de notre cerveau, juste à côté de notre amour des animaux et de notre aversion pour les tuer.

Certains experts qualifient ce conflit de « paradoxe de la viande » : certains animaux sont considérés comme des animaux domestiques, certains comme des animaux sauvages et d’autres comme des animaux d’élevage.

Toute notre société est prise au piège d’un paradoxe. D’un côté, nous tuons des milliards d’animaux chaque année mais, d’un autre côté, si quelqu’un maltraite un chien, il peut être condamné à une peine de prison.

Pour nous débarrasser de cette souffrance mentale, nous utilisons des astuces cognitives qui aident à atténuer la tension. Une façon de soulager la dissonance cognitive est de changer notre comportement et d’arrêter de manger de la viande. Si nous ne pouvons pas faire cela, nous devons changer notre façon de voir les animaux.

Par exemple, les omnivores minimisent la profondeur des pensées et des émotions que certains animaux peuvent ressentir. Nous pouvons considérer un chat ou un chien comme étant intelligent, mais voyons un cochon ou un mouton comme à peine plus qu’un morceau robotisé de garniture pour sandwich. En réalité, certains animaux de basse-cour ont un esprit très affuté, alors que certains chiens peuvent être extrêmement bornés.

En tant qu’omnivores, lorsque nous rencontrons une personne qui a une alimentation végétale, il se pourrait que nous sentions, inconsciemment, les piqûres de la dissonance cognitive. Il se peut que nous ayons envie de défendre les catégories que nous avons construites pour nous protéger de cette horrible vérité.

Ce besoin inconscient de défendre nos châteaux de sable cognitifs peut conduire à de piètres arguments, comme l’idée que « les plantes aussi ont des sentiments ».

Nous essayons d’éviter la panne en utilisant diverses techniques, dont l’une est de minimiser notre implication.

Par exemple, un végane avec qui Medical News Today s’est entretenu récemment a expliqué : « Quand on en vient au fait que je suis végane, les gens commencent par me dire à quelle fréquence ils mangent de la viande, comme une défense préventive. »

Cet exemple semble probablement familier à beaucoup d’entre nous. Nous nous sentons jugés, même si personne ne nous juge explicitement, et nous estimons que nous avons besoins de nous justifier. Pour certains d’entre nous, au fond de nous, nous savons que ce que nous faisons n’est pas idéal et nous ressentons le besoin de minimiser notre rôle, vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis des autres.

Rencontrer un végane ou un végétarien révèle les défauts de beaucoup de nos tentatives inconscientes de réprimer les sentiments désagréables de notre dissonance cognitive. Les véganes déchirent le voile et nous rappellent que nous tuons des animaux pour garnir notre table. Ils nous montrent également que nous pouvons être responsables et faire nos propres choix et nous rappellent qu’une victime mérite d’être sauvée.

Ils nous obligent également à remettre en question les croyances profondément ancrées selon lesquelles les animaux ne ressentent ni la douleur ni la peur. Et, en étant en bonne santé et plein de vie, les véganes démontrent que les produits d’origine animale ne sont pas une composante essentielle de l’alimentation humaine.

Comme les gens ne sont pas nécessairement conscients de cette défaillance de leurs mécanismes cognitifs généralement sans faille, les véganes peuvent déclencher une terrible colère chez des individus ordinairement mesurés et amicaux.

Bien sûr, chaque personne qui à une opinion négative à l’égard du véganisme est susceptible d’avoir un ensemble de raisons personnelles derrière ses émotions. Comprendre pourquoi le véganisme déclenche ces émotions est une question complexe mais qui mérite d’être étudiée.

Alors qu’un nombre croissant de personnes décident de végétaliser leur alimentation, creuser les raisons de cette aversion est plus important que jamais.

Si l’on prends en compte le fait que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe la viande transformée en cancérogène du groupe 1, il est peut-être grand temps que nous nous engagions tous sur la voie du véganisme.

 

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