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Notre place dans la chaîne alimentaire implique-elle qu’on doive manger de la viande ?

Chaîne alimentaire et réseau trophique

Cette remarque découle d’une inversion de causalité entre l’alimentation d’un être vivant et sa place dans sa ou ses chaînes alimentaires. En effet, le concept de chaîne alimentaire permet de représenter une suite d’êtres vivants qui se mangent les uns les autres pour acquérir de l’énergie, la place de chaque être vivant dépend donc de son alimentation et non l’inverse.

Pour être précis, il n’existe pas une mais des chaînes alimentaires avec, à leurs bouts (à leurs « sommets »), les superprédateurs, qui ne sont les proies d’aucun autre être vivant. L’ensemble des nombreuses chaînes alimentaires ayant un maillon commun au sein d’un écosystème forment un « réseau trophique ». Chaque réseau trophique est composé d’êtres vivants appartenant à cinq grandes strates : les êtres vivants de niveau trophique V se nourrissent principalement de ceux du niveau IV, ceux du niveau IV se nourrissent principalement de ceux du niveau III et ainsi de suite :

Niveaux trophiques Catégories Exemples
V
Consommateur IV – Carnivores tertiaires
Orcs, lions, etc.
IV
Consommateurs III – Carnivores secondaires
Serpents, thons, etc.
III
Consommateurs II – Carnivores primaires
Renards, sardines, etc.
II
Consommateurs I – Herbivores
Vaches, chevaux, etc.
I
Producteurs primaires
Plantes et plancton

Un être vivant qui modifie son alimentation modifie également sa place dans le réseau trophique, il peut :

  • intégrer de nouvelles chaînes alimentaires s’il se met à consommer de nouveaux aliments ;
  • quitter des chaînes alimentaire s’il arrête de consommer certains aliments ;
  • se déplacer dans des chaînes alimentaires où il reste un maillon ;
  • ne pas bouger dans des chaînes alimentaires où il reste un maillon.

Que l’alimentation d’un être vivant soit modifiée par la disparition d’une espèce prédatée ou prédatrice, une mutation génétique, une migration, une catastrophe naturelle, une blessure, le vieillissement ou par choix, cela entraîne un changement de place dans le réseau trophique. Ainsi, ce n’est pas l’alimentation qui découle de la place dans le réseau trophique, mais bien la place dans le réseau trophique qui découle de l’alimentation.

Cette remarque est donc fallacieuse par son inversion de causalité entre l’alimentation d’un être vivant et son niveau trophique. Le niveau trophique des humains, quel qu’il soit, n’implique rien. Les humains ont le choix de leur alimentation et donc le choix de leur niveau trophique.

Niveau trophique de l'humain

Cette remarque reste fallacieuse sous l’angle du niveau trophique humain. S’il est vrai que les humains n’ont aucun prédateur, il est erroné d’en conclure qu’ils ont un niveau trophique particulièrement élevé. En effet, l’humain est un cas à part, il cumule :

  • niveau trophique faible : car il tire son énergie de végétaux, d’animaux et d’insectes aux niveaux trophiques faibles ;
  • status de superprédateur : car ses outils et à sa technologie le protège de tous les autres prédateurs. Insistons sur le fait qu’être un superprédateur n’implique pas d’activité de prédation, cela décrit juste une situation dans laquelle on est la proie d’aucun autre être vivant.

L’humain est donc un superprédateur au niveau trophique faible.
Mais faible comment ? Des chercheurs de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) et de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) ont justement publié en 2013 une étude [1] visant à déterminer le niveau trophique des humains. Ces chercheurs ont utilisé les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur la consommation humaine (type et quantité de nourriture) dans 176 pays pour la période 1961-2009.

L’étude aboutie à un niveau trophique humain moyen de 2,21, très proche de celui de l’anchois, du cochon et d’autres animaux appartenant eux aussi à la strate II des herbivores. Le plus intéressant est que, l’alimentation humaine variant d’un pays à l’autre, les humains de pays différents ont des niveaux trophiques différents. Le niveau trophique humain le plus faible (2,04) est constaté au Burundi en raison d’une alimentation quasi exclusivement végétale et le niveau trophique humain le plus élevé (2,57) est constaté en Islande en raison d’une alimentation carnée à plus de 50 % (particulièrement riche en poisson). En 2009, les Français ont eux un niveau trophique humain de 2,45. L’étude conclue également à une hausse de 3 % du niveau trophique humain moyen entre 1961 et 2009, notamment dû à l’augmentation de la consommation de viande en Chine et en Inde sur cette période.

Cette remarque reste donc fallacieuse sous l’angle du niveau trophique humain car, bien qu’il n’ait pas de prédateur au quotidien, son faible niveau trophique indique qu’il est loin du bout (du « sommet ») de ses chaînes alimentaires. Par ailleurs, la variabilité des niveaux trophiques humains selon les pays illustre bien le fait que les humains ont le choix de leur niveau trophique.

Notes et références

  1. Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), Sylvain Bonhommeau, Laurent Dubroca, Olivier Le Pape, Julien Barde, David M. Kaplan, Emmanuel Chassot, Anne-Elise Nieblas, Eating up the world’s food web and the human trophic level, 2013